
Reprendre la place qui lui revient
Les lacs ciblés par le projet nécessitent une double restauration : écologique et physique. La première consiste à redonner à l’omble de fontaine la place qui lui revient : être l’espèce allopatrique des lacs, c’est-à-dire la seule présente. Il s’agit du contexte qui a prévalu jusqu’à tout récemment. En effet, sur les 150 lacs du territoire, l’omble de fontaine était la seule espèce indigène à avoir colonisé près de 103 lacs (82 confirmés, 21 présumés). Or, vers 1940, les activités d’exploitation faunique des clubs de chasse et pêche contribuent à introduire de nouvelles variétés de poissons, soit pour diversifier l’offre de pêche ou accidentellement en libérant des poissons-appâts vivants. Perchaudes, mulets, barbottes sont depuis considérés comme des espèces exotiques envahissantes (EEE), car elles ont été introduites par l’humain et mènent une féroce compétition au poisson indigène. La démarche du projet de restauration écologique comprend quatre étapes. L’équipe de Marc-Andrée Valiquette a prélevé au cours de l’été un maximum d’ombles de fontaine du lac La Pipe pour les acheminer par avion à une pisciculture de Sainte-Anne-de-la-Pérade, afin de favoriser leur reproduction. Pendant ce temps, le lac subit un traitement à base de roténone, un puissant produit biologique qui n’a d’effets que sur les poissons et qui éradique l’ensemble des EEE. Au printemps suivant, lorsque tous les lacs et ruisseaux qui s’y jettent auront été traités, les alevins issus de la reproduction seront introduits dans le lac. N’ayant plus d’espèce compétitrice ou prédatrice à côtoyer, les ombles de fontaine arriveront à recoloniser rapidement le lac en plus d’atteindre une taille adulte naturelle. Jusqu’à présent, plus de 43 500 alevins d’omble de fontaine ont été réintroduits dans sept lacs, dont quatre sont depuis l’été 2017 rouvert à la pêche.
Dé-draver les lacs
Les traces laissées par plus de 200 ans d’exploitation forestière nécessitent une restauration physique des lacs. Les barrages de drave et les activités de flottage de bois, dont la grande majorité des billots se sont échoués, ont modifié le régime naturel d’écoulement des eaux. Plus spécifiquement, ces vestiges ont pour effet de rehausser artificiellement le niveau des lacs, de modifier le processus d’érosion des rives, de contribuer à l’importante accumulation de sédiment, d’altérer les habitats aquatiques et d’entraver la libre circulation des poissons. Depuis 2004, une dizaine de techniciens et préposés à la conservation ont détruit les anciens barrages de drave de 17 lacs. Ces dé-draveurs retirent des billes (14 pi) et billots (4 pi) de bois des rivages munies de simples gaffes. Plus de 94 000 pièces ont ainsi été extraites des eaux, ce qui favorise notamment la restauration des habitats aquatiques des ombles de fontaine.
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